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Introduction

Lors des dernières élections, le Front National a réalisé des scores historiques en France. Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen est même devenu le premier parti de France (en nombre de voix récoltées) du fait des divisions des autres organisations. Ce nouveau statut du FN a longuement été abordé dans la presse. Je souhaitais toutefois savoir si les derniers résultats du parti d’extrême droite étaient bien des records, s’ils n’étaient que la suite logique d’une montée en puissance ou un bond soudain qui peut tout aussi bien durer que retomber. Je voulais aussi (et surtout) connaître l’évolution des votes en faveur du parti, ceci en fonction de la croissance de la population et par conséquent de la progression du nombre de votants.

J’ai alors décidé de compiler tous les résultats du Front National depuis 1984, à savoir pour les cinq grandes élections : présidentielles, législatives, régionales, départementales et européennes. Les élections municipales ont été écartées du fait de leur complexité et des nombreux élus indépendants. La date de 1984 a pour sa part été choisie comme point de départ du fait non pas du roman de George Orwell, mais des résultats du FN. Créé en 1972, le parti n’a fait aucun résultat intéressant jusqu’en 1984. Sa véritable envergure a ainsi débuté à cette date, comme vous le verrez ci-dessous avec des chiffres très élevés dès cette époque.

Chaque type d’élection a son intérêt. Les cantonales / départementales ainsi que les européennes ont été choisies du fait de leur proximité (2014-2015). Les régionales car les prochaines élections sont prévues en fin d’année. Et enfin, les présidentielles et législatives car elles sont nationales et ont un taux d’abstention plutôt faible (surtout les présidentielles), ce qui permet de voir le potentiel réel du Front National.

Tous ses résultats (en nombre de voix) depuis 1984

Afin d’obtenir d’un coup d’œil l’intégralité des résultats du parti en nombre d’électeurs, le tableau ci-dessous a été réalisé par Votre Journaliste. Il est possible de trier les données par ordre croissant ou décroissant pour chaque type d’élection en cliquant sur leur nom.

Pour mieux mesurer les écarts de voix entre chaque élection, voici cette fois un graphique interactif qui intègre les mêmes données, mais avec une présentation différente :

Comme vous pouvez le remarquer aisément, hormis lors des Régionales et des Législatives, le Front National a réalisé ses meilleurs résultats « bruts » dans les trois autres élections lors des toutes dernières éditions. 2012, 2014 et 2015 ont ainsi été des années records pour le parti de Marine Le Pen. De quoi s’attendre lors des prochaines élections régionales, les 6 et 13 décembre 2015, à de très bons scores pour le FN (voir l’analyse plus bas).

Pour mieux comprendre l’ascension du parti, voici quelques courts commentaires en fonction de chaque élection :

Les Présidentielles : en 2012, Marine Le Pen a donc attiré dès le premier tour près de 900 000 voix supplémentaires par rapport au précédent record réalisé par son père (en 2002), performance paternelle réalisée au second tour qui plus est. Un véritable record donc qui aurait peut-être pu être plus élevé encore en cas d’accession au second tour.

Pour le reste, on remarque que dès les années 80, l’élection présidentielle avait permis au parti de dépasser la barre des 4 millions de voix, preuve que le FN dispose d’une base supérieure à ce nombre depuis une trentaine d’années. On peut aussi voir que le parti récolte globalement le maximum de ses voix dans cette élection. L’explication est très simple et peut être lue dans la rubrique « L’importance fondamentale de la présence locale ».

Les Législatives : après avoir pris une claque en 2007, le Front National réalise son deuxième meilleur résultat en 2012 (après celui de 1997). Nous verrons toutefois ci-dessous que ce score n’est pas extraordinaire rapporté à une population équivalente.

Les Régionales : avec seulement 2,2 millions de voix en 2010, le Front National a tout simplement réalisé sa plus mauvaise performance de son histoire si l’on excepte ses premières années d’existence. Cela ne signifie pas pour autant qu’il en sera de même en 2015.

Les Européennes : habituellement « faible » lors de ces élections, le Front National a donc fait exploser tous ses compteurs en 2014 avec plus de 4,7 millions de voix récoltées. Il multiplie ainsi son nombre d’électeurs par 4,31 en cinq ans et par 2,13 en trente ans (date de son précédent record brut). Résultat, le FN est le premier parti de France, avec 24 élus.

Les Départementales : avec plus de 5,1 millions de voix lors des départementales (ex-cantonales) de 2015, le FN a là encore réalisé un score sans précédent. Il faut toutefois préciser que regarder les données brutes ici n’a pas grand sens dès lors que les élections de 2015 étaient quasi nationale (hors Paris, Lyon, la Martinique et la Guyane), tandis que les précédentes élections étaient partielles. Pour connaître la réelle progression du FN dans cette élection, il suffit de lire la partie suivante.

Ses voix « actualisées »

Si les chiffres bruts ci-dessus permettent de mesurer d’un coup d’œil la progression du Front National, il faut toutefois se rappeler que la population française a fortement évolué ces trente dernières années. Gagner 1 million de voix alors que 100 millions de votants ont rejoint les rangs n’est ainsi pas une performance. Comme cas concret, sachez par exemple que les élections européennes ont gagné entre 1984 et 2014 quasi 10 millions d’inscrits sur les listes électorales. Du fait de l’explosion de l’abstention pour cette élection, il y a toutefois moins de Français qui ont voté en 2014 qu’en 1984. À taux d’abstention égal, l’augmentation du nombre d’inscrits (et donc de votants) a néanmoins un poids majeur dans les données d’aujourd’hui, faussant ainsi les comparaisons avec les chiffres du passé. D’où une actualisation nécessaire.

Afin d’obtenir le graphique suivant, j’ai donc pris le nombre d’inscrits aux dernières éditions des cinq élections, pour ensuite calculer quels auraient été les scores du FN dans le passé si le nombre d’inscrits avait été le même que celui d’aujourd’hui. Cela permet ainsi de connaître, sans toucher aux taux d’abstention de l’époque, quel aurait été le potentiel de voix que pouvait récolter le Front National avec un nombre équivalent de Français en âge de voter. C’est aussi un moyen de mieux mesurer la progression du parti. Cette actualisation offre aussi l’occasion d’opposer des données comparables, notamment pour les départementales / cantonales, élections auparavant partielles (entre 19 et 21 millions d’inscrits) et aujourd’hui quasi nationales (42,7 millions d’inscrits en 2015).

Que remarque-t-on principalement ?

Les Présidentielles : si le score de Marine Le Pen en 2012 est bien un record, il paraît ici moins impressionnant après actualisation. Il faut dire que cette élection a toujours été importante pour le Front National. On remarque ainsi qu’à nombre d’inscrit égal et en gardant les mêmes proportions, le parti aurait pu attirer près de 5,3 millions d’électeurs dès 1988.

L’actualisation montre aussi l’écart « minime » entre le score de Le Pen Père en 2002 et Le Pen Fille en 2012. Cela prouverait-il que ces 6,4 millions de voix sont un plafond pour le FN ? Pas forcément, néanmoins, on comprend ici que le potentiel de progression du FN est plus difficile dans son élection phare, le parti partant de plus haut contrairement aux autres élections.

Enfin, la claque de 2007 est d’autant plus visible après actualisation.

Les Législatives : alors que l’année 2012 avait signé le deuxième meilleur score pour le FN en données « brutes », une fois actualisés, les chiffres montrent qu’il ne s’agit « que » de son troisième meilleur score, à peine supérieur à ceux de 1986 et 2002.

L’écart avec 1997 est toutefois bien plus important avec ces nouveaux chiffres. Ce qui prouve que 2012 n’a été qu’une année moyenne lors des législatives (malgré un record lors des présidentielles la même année), mais cela démontre surtout que le Front National a un potentiel bien supérieur à ces 3,5 millions d’électeurs. De quoi penser qu’en 2017, si le parti est à plein régime et que l’abstention (dans son rang) est minime, rien ne l’empêchera de dépasser les 5 millions d’électeurs, voire les 6 millions ? De quoi être au coude-à-coude avec le PS et l’UMP (ou son équivalent) ? Mais nous ne sommes pas encore en 2017 et d’autres critères sont à prendre en compte.

Les Régionales : suite à la décentralisation du début des années 1980, les élections régionales ont vu pour la première fois le jour en 1986, ceci avec un suffrage universel direct. Si le FN a pu réaliser quelques alliances dans le passé (avec divers partis de droite), le parti n’a jamais pu contrôler une seule région. Pire encore, alors que son bassin de votants dépasse historiquement les 3 millions (en actualisé), le parti s’est effondré en 2010. Certes, le taux très élevé de l’abstention (plus de 53 %) a un rôle évident dans cette chute, néanmoins, cela n’a pas empêché Europe-Écologie de réaliser un meilleur résultat national. Va-t-il réussir à rebondir en 2015 ?

Les Européennes : l’actualisation des données n’apporte ici aucun éclairage pertinent. Les données brutes montraient ainsi un écart important entre les élections de 2014 et les précédentes, il en est de même une fois les chiffres actualisés. Tout au plus peut-on noter que l’année 2009 a été la plus mauvaise de l’histoire du parti, ce qui n’est pas le cas avec des données brutes. On remarque d’ailleurs que les années 2007, 2008, 2009 et 2010 ont été parmi les pires pour le FN, toutes élections confondues. Une période qui peut surprendre face aux années records que sont 2012 (hors législatives), 2014 et 2015.

Les Départementales : a contrario des européennes, les chiffres actualisés des départementales nous permettent de mieux mesurer la progression du parti. Si l’année 2015 signe sans aucune contestation possible un record pour le Front National, on peut noter qu’à nombre d’inscrits équivalent, le parti a donc multiplié par deux (1,85 précisément) son score en quatre ans, par quatre en sept ans mais par « seulement » 1,5 en 23 ans, 1992 étant la date de son précédent record en actualisé.

L’importance fondamentale de la présence locale

Comme introduit dans le commentaire ci-dessus sur les élections européennes, après une période de progression durant les années 1980/90 et début 2000 (malgré l’épisode Bruno Mégret), le Front National a pris plusieurs claques entre 2007 et 2010, pour rebondir de façon spectaculaire ensuite. Diverses raisons « objectives » expliquent les résultats passés du FN, mais intéressons-nous aux résultats récents. Pourquoi une telle croissance après une chute pourtant violente ? Outre la crise économique, divers évènements nationaux et internationaux, et bien sûr l’arrivée du Parti Socialiste au pouvoir aux dépens de l’UMP et de Nicolas Sarkozy, qui ont probablement un poids dans cette tendance, il faut surtout comprendre que le Front National s’élève du fait d’une présence accrue au niveau local.

Lors des élections présidentielles, cette présence locale est utile mais pas indispensable. Les grands médias (TV, radio, presse) suffisent aux principales têtes d’affiche des partis pour se vendre. Il suffit alors aux électeurs de mettre leur vote FN dans l’urne, sachant que cette possibilité est offerte dans 100 % des bureaux de vote. Pour les autres élections, la chanson est différente. Si aucune personne liée au FN ne se présente, le choix ne sera pas disponible aux électeurs locaux.

QUAND LE FN COUVRE PLUS DE TERRITOIRE QUE LES AUTRES PARTIS

Couvrir 100 % du territoire, ou tout du moins un maximum, est donc une priorité pour le Front National depuis plusieurs années déjà. Prenons comme exemple les dernières élections, les départementales, auparavant nommées cantonales. Le parti a ainsi présenté 7648 candidats dans 1912 cantons, sur 2054 en jeu, soit 93 % d’entre eux (soit en pourcentage de la population plus de 98 % des votants). Certes, ce n’est pas 100 %, mais c’est surtout bien plus que l’UMP et l’Union de la Droite (77,6 %), que le Parti Socialiste et l’Union de la Gauche (77,4 %) ou encore le Front de Gauche et les Communistes (58,2 %).

Avant d’être le premier parti de France en pourcentage et en nombre de voix, le Front National était donc déjà le premier parti de France en terme de présence et de proposition d’élus, hors alliance, cela va de soi. Bien entendu, les « faibles » présences du PS et de l’UMP s’expliquent par des jeux d’alliances avec d’autres types de partis, mais cela peut aussi s’expliquer par un manque de candidats potentiels, tout simplement. Comme l’expliquait Libération le 5 mars dernier, le FN a même réussi le tour de force d’être présent à 100 % dans 74 des 98 départements concernés par l’élection, contre seulement 25 départements pour l’UMP et 18 pour le PS.

Le fait d’être l’unique parti dans sa « catégorie » lui permet donc de ne pas éparpiller ses troupes contrairement aux autres partis, qui profitent des coalitions (mais en pâtissent en terme de présence directe). Cela permet aussi au FN d’obtenir de plus forts pourcentages à son nom. Le but n’est pas ici d’expliquer comment le FN a réussi à avoir une présence aussi forte, d’autres s’en sont chargés. Mais il est important de saisir l’importance de la présence locale.

Afin de mieux comprendre la progression du FN, voici d’ailleurs quelques chiffres sur son nombre de candidats :

Le FN aux élections municipales (villes de plus de 1000 habitants) :

  • 1995 : 537 listes
  • 2001 : 200 listes
  • 2008 : 82 listes
  • 2014 : 597 listes (record historique)

Candidats FN / Rassemblement Bleu Marine aux législatives (sur 577 possibles) :

  • 1997 : 570
  • 2002 : 563
  • 2007 : 557
  • 2012 : 572 (record historique)

C’est donc sans surprise que le Front National a pu établir ses meilleurs résultats lorsqu’il comptait le plus de candidats aux élections. Les années 1995/1997 et 2012/2014 sont ainsi des années records pour le parti en nombre de voix et d’élus. Le fait d’avoir signé de nouveaux records de candidats ou de listes ces dernières années prouve d’ailleurs la montée en puissance du parti.

Il faut d’ailleurs noter qu’il n’est pas rare que le FN soit, aux élections législatives, le premier parti de France en nombre de candidatures, ceci du fait de la dispersion des autres partis et du jeu des alliances et des retraits.

La principale conséquence de la « dédiabolisation » du FN n’est pas uniquement le fait de pousser les Français à voter pour eux, mais plutôt d’inciter les candidats à se présenter sous la bannière du FN. Ayant de moins en moins « peur » d’être pointé du doigts pour cette raison, un nombre croissant de Français osent désormais porter les couleurs du parti. Ce qui par corollaire accroît la présence du parti sur tout le territoire et permet à un maximum de votants de déposer un bulletin sous ses couleurs. Sans cette explosion des candidats frontistes, la croissance des voix pour le parti serait assurément plus faible.

Lorsqu’il faudra analyser les futurs résultats du Front National (ou de n’importe quel autre parti), il conviendra donc de vérifier avant tout le nombre de candidats en course. Et si l’on souhaite être plus précis, calculer ce nombre en fonction de la taille de la ville est tout aussi important, sachant que le Front National n’arrive pas toujours à disposer de candidats suffisants, y compris dans certaines grandes municipalités.

Ses différents classements

Pour mesurer l’évolution et la progression du Front National dans le paysage politique français, un autre indicateur peut aussi être utilisé : son classement. Plus précisément, nous allons voir ici quelles ont été les positions du Front National par rapport aux autres grands partis pour les cinq types d’élections analysées tout au long de cet article. Le graphique suivant résume la situation.

Classement Front National 1984 2015

Infographie réalisée par VotreJournaliste.com à l’aide d’Infogr.am

Comme vous pouvez le voir, le Front National se situe principalement entre la troisième et la cinquième position. Dès les élections européennes de 1984 ou encore les présidentielles de 1988, le parti a ainsi tiré son épingle du jeu. On remarque toutefois que certaines élections réussissent plus que d’autres au FN. Les Européennes ont ainsi pour originalité de signer à la fois les meilleurs et les plus mauvais résultats du parti. Il en est d’ailleurs de même pour les cantonales-départementales, à un niveau moindre en matière de mauvais résultats.

HORS DU PODIUM 70 FOIS SUR 100

Ces variations s’expliquent non seulement par les différences de fonctionnement des élections, mais aussi par les succès et les échecs des autres partis. Le FN a ainsi déjà été devancé dans l’histoire par le Parti Communiste, par le MoDem de François Bayrou, par les Verts (ou EELV) ou encore par le Front de Gauche. Qui plus est, à une certaine période, la droite était moins unie et comptait deux grands partis, à savoir le RPR et l’UDF, qui réunissaient tous les deux, individuellement, plus de votants que le FN. Cela explique ainsi pourquoi le parti frontiste a été 70 % du temps en deçà de la troisième position en France (24 fois sur 34) sur les cinq élections étudiées ici.

Mais si les succès de certains partis cités ci-dessus ont parfois fait régresser le Front National, les seuls rivaux réguliers du parti sont bien le PS et l’UMP (ou les anciens équivalents). Il faut d’ailleurs noter que dans de nombreuses élections, le Front National s’est retrouvé en mauvaise position du fait des alliances à gauche et à droite. Prenons un exemple concret en matière d’élus : lors des cantonales de 2008, le FN a rassemblé 4,85 % des voix, contre 4,42 % pour le MoDem. Ce dernier a obtenu 48 sièges, contre… 0 pour le FN. Le parti payait ici son esseulement, ne pouvant profiter des reports de voix des autres partis (ou électeurs) pour gagner des sièges.

2014-2015, ANNÉES HISTORIQUES, MAIS DES RÉSULTATS CONTRASTÉS

Parlons enfin des années 2014 et 2015 qui ont vu le Front National devenir le premier parti de France pour la toute première fois de son histoire. Il est tout d’abord important de préciser que si le FN a bien été le parti numéro un en nombre de voix récoltées, il n’en reste pas moins toujours en troisième position du fait des alliances, tout du moins en nombre de voix récoltées.

Du côté des dernières Européennes, si l’Union de la Gauche, EELV et le Front de Gauche s’unissent, ils surpassent largement le Front National (en nombre de voix). Même logique du côté de l’UMP et des politiciens dits divers droite. Il faut toutefois noter qu’en nombre de sièges, avec 24 au compteur, le FN arrive à surpasser l’intégralité des partis de gauche (23 sièges) et il domine l’UMP (20 sièges), sachant que les listes Divers droite n’ont obtenu aucun élu. Le « pouvoir » est donc au main de l’Union du Centre, qui, avec 7 sièges, peut faire pencher la balance, tout du moins côté franco-français. Mais puisqu’il s’agit d’une élection européenne, le calcul doit de toute façon se faire au niveau continental. Quoi qu’il en soit, le succès du FN est réel dans cette élection, ce qui est moins le cas dans la suivante.

Du côté des dernières élections départementales, l’importance des alliances est majeure. Si l’on prend en compte les résultats du premier tour uniquement (les meilleurs pour le FN), le parti arrive bien en première position, avec 25,24 % des suffrages exprimés, recueillant près de 900 000 voix de plus que le deuxième parti (l’Union de la Droite) et près du double du Parti Socialiste. L’UMP ne figure qu’en septième position du fait d’un transfert de nombreux candidats vers l’Union de la Droite. En nombre d’élus, la chanson est par contre différente. Le FN, malgré sa position, n’a dominé strictement aucun département. Résultat, après le deuxième tour, si le Front National arrive à faire élire 62 de ses candidats (un record à nouveau), du fait des alliances, ses résultats sont ridicules. Le Parti Radical de Gauche, qui a recueilli 73 fois moins de voix (en cumulant les deux tours), a pourtant gagné… 63 sièges. Les autres partis de droite en ont cumulé pour leur part 2396, contre 1597 pour les différents partis de gauche.

Ces résultats démontrent que la position du parti ne fait pas tout. Pour avoir des résultats concrets dans ce type d’élections au nombre de sièges élevé, attirer des voix n’est pas suffisant. Leurs répartitions ont une importance majeure, et surtout, les jeux des alliances sont fondamentaux, tout comme, en cas de triangulaire, le retrait de certains partis. Cette dernière stratégie est toutefois de moins en moins usitée, les candidats de droite refusant généralement de se retirer au profit des candidats de gauche, ce qui pousse ces derniers à adopter la même stratégie de statu quo, même si la direction demande un retrait. Une situation qui permet ainsi aux candidats du FN de rester dans la course lors des triangulaires, même s’ils n’atteignent pas forcément les 50 % de voix nécessaires. Notez cependant que de très nombreux candidats du Front National ont récolté entre 45 et 49 % des voix lors de ces élections. Un peu plus de voix en sa faveur ou une plus forte abstention ailleurs aurait ainsi pu permettre au parti d’accroître plus encore son nombre de représentants.

Ses élus

Outre ses nombres de voix récoltés ou encore ses différents classements, il est tout aussi important de s’intéresser aux élus frontistes. Si l’on met de côté l’élection présidentielle, qui est un cas à part, les autres élections en France ont toutes des modes de scrutin spécifiques.

Les européennes fonctionnent ainsi sur un mode proportionnelle ceci en fonction de circonscriptions interrégionales.

Les départementales et les législatives fonctionnent par contre au suffrage majoritaire (à deux tours), toujours selon un découpage du pays bien précis.

Les régionales proposent un mélange des deux modes, avec un avantage pour les partis obtenant une majorité absolue, tout en permettant aux autres parties de faire élire des conseillers régionaux grâce à la proportionnelle.

Enfin, les élections municipales ont pour spécificité d’avoir un mode de scrutin différent en fonction de la taille de la commune. Celles de moins de 1000 habitants (très nombreuses) ont ainsi un scrutin majoritaire, tandis que celles de plus de 1000 habitants ont un scrutin proportionnel.

Voici ses différents résultats, hormis lors des régionales (voir ci-dessous) :

Infographie réalisée par VotreJournaliste.com à l'aide d'infogr.am

Infographie réalisée par VotreJournaliste.com grâce à infogr.am

C’est donc sans surprise que le Front National a pu profiter du mode proportionnel des élections européennes, régionales et municipales pour y placer des élus et surtout des conseillers. Si du côté des régionales et des municipales, le FN n’a que rarement pu obtenir la tête des opérations, grâce à la proportionnalité, le parti a tout de même réussi à faire élire des centaines de conseillers.

Au sujet des régionales, voici d’ailleurs ses résultats :

  • 1986 : 135 conseillers régionaux
  • 1992 : 239 conseillers régionaux
  • 1998 : 275 conseillers régionaux
  • 2004 : 156 conseillers régionaux
  • 2010 : 118 conseillers régionaux

D’un point de vue global, il est important de noter que le Front National reste un petit parti en nombre d’élus, à l’exception des européennes. Il faut ainsi savoir que les départementales comptent 4108 sièges. Malgré son bond spectaculaire, le parti frontiste reste donc un lilliputien. Quant aux autres élections, ses résultats concrets sont proches de zéro. Le FN, qui attire pourtant de très nombreuses voix, paie ainsi « cash » les différents modes de scrutin et son manque d’alliances. Pour y remédier, seules deux solutions s’offrent donc à lui : accroître très fortement son nombre d’électeurs, ou pousser des élus d’autres partis à monter des coalitions.

L’influence du taux de chômage sur ses résultats

Les scores du Front National sont-ils corrélés avec la situation économique du pays ? Plus particulièrement, le sont-ils avec le taux de chômage, chiffre plus aisément quantifiable qu’une « crise » ? Pour en avoir le cœur net, j’ai donc décidé de comparer les records du FN (chiffres actualisés) avec les taux officiels du chômage en France.

Mars 1992 : record lors des régionales

Contexte : en mars 1992, le taux de chômage en France est précisément de 9 %. Ce taux était de 7,9 % en août 1990 et n’a cessé de progresser depuis. Les élections ont ainsi eu lieu en pleine croissance du chômage, jusqu’à son maximum atteint en 1994 (11,3 %).

Mai 1997 : record lors des législatives

Contexte : en mai 1997, le taux de chômage en France est de 11,2 %, soit l’un des niveaux les plus élevés de son histoire récente. Après avoir reculé entre mai 1994 et juillet 1995 (à 10,3 %), ce taux est ensuite reparti à la hausse pour atteindre de nouveau son record historique de 11,3 % en février 1997, soit trois mois avant les élections législatives.

Avril 2012 : record lors des présidentielles

Contexte : avec un chômage à 9,6 % lors des élections, la France n’est pas à un niveau catastrophique, néanmoins, ce taux est en hausse constante depuis plus d’un an (mars 2011).

Mai 2014 : record lors des européennes

Contexte : le taux de chômage est cette fois de 10,1 % lors des élections. La période n’est pas à la hausse mais plutôt en stagnation, puisque ce taux de 10,1 % avait déjà été enregistré en décembre. Il s’agit même du taux le plus faible depuis octobre 2012. Néanmoins, passer sous la barre symbolique des 10 % semble toujours impossible, et surtout, en nombre absolu de chômeurs, la France atteint un nouveau record. Cette nouvelle n’a été apprise qu’en juin et n’a donc pas eu d’influence sur les votes, néanmoins, les précédents mois « flirtaient » de toute façon déjà avec les sommets.

Mars 2015 : record lors des départementales

Contexte : le taux de chômage en mars 2015 n’est pas encore connu au moment où je rédige ces lignes. Le mois précédent, en février 2015, il a toutefois atteint les 10,6 %. Il ne s’agit pas d’un record en pourcentage, mais la tendance est à la hausse depuis mai 2014. En nombre absolu, la France métropolitaine comptait près de 3,5 millions de chômeurs de Catégorie A (sans aucun emploi). Toutes catégories confondues, et pour la France entière (DOM compris donc), ce nombre grimpait à plus de 5,5 millions de personnes. Un record.

BILAN DE L’INFLUENCE DU CHÔMAGE SUR SES RÉSULTATS

Le Front National semble bien être un parti profitant de la mauvaise situation du marché de l’emploi en France. Ses meilleurs résultats ont ainsi été atteint lors des sommets ou lors des hausses notables du chômage, et vice-versa. À titre de comparaison, les plus faibles taux en France ces trente dernières années ont été enregistrés en 1990, en 2001/2002 et en 2008. S’il n’y a pas eu d’élection en 1990, ce n’est pas le cas pour les autres dates, avec en 2001 les élections municipales et départementales, en 2002 les présidentielles et législatives, et en 2008 les départementales.

2001 : le Front n’a pas fait d’étincelles par rapport aux précédentes élections municipales, perdant même Toulon et plus tard Vitrolles suite à l’invalidation des votes. Quant aux départementales, ses résultats ont été médiocres.

2002 : le FN réalise une performance historique aux présidentielles en s’élevant au second tour et en y recueillant plus de 5,5 millions d’électeurs. Assurément, les baisses de chômage des années précédentes n’ont pas aidé le pouvoir en place et n’ont surtout pas touché négativement le FN, tout du moins dans cette élection. Les législatives, si elles ont été « bonnes », n’ont toutefois pas été à la hauteur des résultats réalisés lors des présidentielles.

2007/2008/2009/2010 : il est intéressant de noter ici que le taux de chômage a atteint en mars 2008 son plus bas niveau depuis le début des années 1980. Une période faste pour la France qui tombe (hasard ou coïncidence ?) dans l’une des périodes les plus difficiles pour le FN. Le parti des Le Pen a ainsi réalisé (en actualisé) :

  • Ses pires résultats lors des présidentielles (en 2007)
  • Ses pires résultats lors des législatives (en 2007)
  • Son deuxième plus mauvais résultat lors des départementales (en 2008)
  • Ses pires résultats lors des européennes (en 2009)
  • Ses pires résultats lors des régionales (en 2010)

S’il est évident que de très nombreux critères influencent le vote des citoyens, il est toutefois très probable que l’économie entre en compte. Le Front National n’est cependant pas le seul parti pouvant profiter d’une mauvaise situation, d’autres, en particulier à gauche, peuvent ainsi rebondir et exploiter un climat économique médiocre. Néanmoins, si l’on excepte les présidentielles de 2002, tout porte à croire que le Front National est bien « dépendant » des chiffres du chômage. Il a donc tout intérêt à ce que la crise continue encore quelques années.

Peut-il obtenir LE pouvoir ?

Pour le Front National, le vrai test est la présidentielle et les législatives. Il faut ainsi rappeler qu’historiquement, le FN réalise ses meilleurs résultats lors des présidentielles. Quant aux législatives, il s’agit là du passage obligé pour former un gouvernement. Analysons donc quel nombre de voix devrait atteindre le parti pour obtenir le pouvoir dans ces deux élections.

Regardons d’abord quel score minimal les autres partis ont dû obtenir pour arriver au pouvoir, et quel aurait dû être ce score avec une abstention supérieure :

  • Avec l’abstention habituelle (20 %) : environ 18 millions d’électeurs
  • Avec une abstention de 50 % : environ 11 millions d’électeurs
  • Avec une abstention de 60 % : environ 9 millions d’électeurs
  • Avec une abstention de 70 % : environ 6,7 millions d’électeurs

Pour rappel, le meilleur score « brut » du FN lors des présidentielles a été de 6,421 millions d’électeurs (en 2012).

Sauf abstention record ou explosion soudaine de son nombre d’électeurs, le Front National ne peut espérer obtenir la présidentielle de 2017. Il faudrait un concours de circonstances exceptionnelles pour que cela se réalise, sachant que le taux d’abstention lors des élections présidentielles françaises est généralement proche des 20 %, et non de 50 % ou plus. Quant aux élections suivantes (2022, 2027…), il est toujours complexe de faire de telles prévisions, sachant le nombre élevé d’inconnues (chute ou succès des autres partis, crises économiques renforcées ou diminuées, division du FN ou non, sujets phares abordés par les médias, etc.).

Regardons maintenant ce qu’il en est pour les législatives. Le meilleur score du FN a été de 3,784 millions d’électeurs, en 1997. Le plus important est toutefois de regarder le nombre d’élus nécessaires pour obtenir la majorité absolue, à savoir 289 sièges. Afin de mieux analyser cette élection, le simple calcul en nombre de voix n’est donc pas judicieux. Pour mieux comprendre sa complexité et l’importance là encore des jeux d’alliance, voici les scores des principaux « groupes » lors des dernières élections législatives (pour le 2e tour) :

Elections législatives 1997 2012

On remarque en premier lieu que tous les partis (ou groupe de partis) ont dominé le pays avec 10 à 12 millions de voix, ce qui là encore est bien au-delà de ce que le Front National a pu montrer jusque-là. Néanmoins, pour obtenir 289 sièges, si l’on exclut toute alliance avec d’autres partis, le FN peut se contenter de beaucoup moins de voix selon la répartition des votes. En 2012, le seul Parti Socialiste avait ainsi obtenu 280 sièges lors du premier tour avec à peine 29,35 % des voix, soit environ 7,6 millions d’électeurs.

Qui plus est, comme on peut le remarquer dans le tableau ci-dessus, l’abstention ne cesse de croître lors de cette élection. Ayant désormais lieu quelques semaines à peine après les présidentielles, de nombreux Français estiment que les jeux sont faits et s’intéressent donc beaucoup moins aux législatives. En 2017, nous pourrions donc atteindre une abstention entre 45 et 50 % si la tendance se poursuit. Cela signifie qu’il faudra moins de voix dans les urnes pour obtenir la majorité absolue. De quoi permettre au Front National d’atteindre son rêve ? Là encore, il faudrait un concours de circonstances exceptionnelles. Certes, avec 7 à 8 millions de voix, le FN pourrait obtenir une majorité, mais encore faudrait-il que ces voix soient réparties dans les lieux où les principaux sièges sont en jeu. Or les dernières élections départementales ont prouvé que cette répartition n’était pas optimale pour le FN, au point de ne dominer aucun département malgré sa position de n°1 (hors alliance).

Conclusion : à moins d’un gain de voix important, le FN aura de grandes difficultés à gagner les législatives 2017, d’autant plus s’il perd les présidentielles, ce qui découragera certains de ses électeurs.

À quoi doit-on s’attendre lors des prochaines élections ?

D’ici 2017, trois grandes élections auront lieu en France :

  • Les régionales en 2015 (les 5 et 13 décembre)
  • Les présidentielles en 2017
  • Les législatives en 2017

Au regard des derniers scores du Front National et des différents points abordés dans cet article, tentons de prévoir les futurs résultats du parti, même si l’exercice est particulièrement difficile.

LES ÉLECTIONS RÉGIONALES DE 2015

Historiquement, le Front National a toujours récolté un nombre de voix conséquent lors des régionales. Ayant régulièrement lieu la même année que les départementales, le parti multiplie souvent son score par deux lors des régionales. Cette année devrait toutefois être différente dès lors qu’il paraît improbable que le FN attire plus de 10 millions d’électeurs sur son seul nom.

Lors de la dernière édition, en 2010, le parti a réalisé sa pire performance avec à peine 2,2 millions de voix. Il faut néanmoins noter que le FN est coutumier des hauts et des bas et qu’un rebond est crédible, d’autant plus après les excellents résultats lors des dernières élections de 2014 et 2015.

Si la vraie-fausse affaire Jean-Marie Le Pen peut avoir des conséquences – aussi bien positives que négatives, je ne m’avancerai pas sur ce point – nous avons surtout vu dans cet article que les élections régionales ont un taux d’abstention élevé (53 % en 2010) et que son mode de scrutin intègre de la proportionnelle.

Conclusion : Si le FN remportera peut-être au moins une région (certains cadres du parti le pensent), il est quasi certain qu’il réussira à imposer des centaines de conseillers régionaux. Il ne serait ainsi pas surprenant qu’il batte à nouveau son record et passe la barre des 300 conseillers régionaux, voire pourquoi pas bien plus encore.

LES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES DE 2017

Hormis le couac de 2007, le Front National a systématiquement réussi à attirer ses électeurs lors des présidentielles. À moins que la situation économique en France se transforme radicalement d’ici deux ans, tout porte donc à croire que le FN réalisera un score très important. Dépasser les 7 millions de voix au premier tour et établir un nouveau record est une (forte) possibilité. Cela lui permettra-t-il d’atteindre le second tour ? Pas forcément. Voici d’ailleurs les scores minimaux pour atteindre le second tour lors des dernières élections présidentielles (chiffres non actualisés) :

  • 1988 : 6 millions de voix
  • 1995 : 6,3 millions de voix
  • 2002 : 4,8 millions de voix
  • 2007 : 9,5 millions de voix
  • 2012 : 9,7 millions de voix

Il est capital ici de comprendre qu’en 1988, 1995 et 2002, trois voire quatre candidats ont attiré massivement des voix, avec des scores serrés, contrairement à 2007 et 2012 ou les deux leaders du PS et de l’UMP avaient créé un écart très important avec leurs concurrents. Pour que Marine Le Pen puisse atteindre le second tour, elle devra donc prier pour qu’un candidat de gauche ou de droite soit suffisamment fort pour affaiblir les candidats du PS ou de l’UMP.

Conclusion : Dès lors qu’historiquement, le pouvoir en place (aujourd’hui à gauche) est désavoué par le peuple lors des élections suivantes, le meilleur scénario pour le Front National est donc que les Verts et le Front de Gauche attirent plusieurs millions de voix aux dépens du PS. Cela suffira-t-il ? Là est toute la question.

LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DE 2017

Comme nous l’avons analysé plus haut dans la rubrique « Peut-il obtenir LE pouvoir ? », du fait de leur proximité, pour réussir aux législatives, mieux vaut gagner la présidentielle. Ce scénario étant encore assez improbable, tout du moins en 2017, il n’y a donc pas de raison que le Front National obtienne suffisamment de sièges pour dominer le gouvernement.

La véritable question est donc : combien de sièges peut-il obtenir ? Si en nombre de voix, le Front National a toujours obtenu des résultats intéressants, en nombre de sièges, la chanson est différente. La faute au mode de scrutin qui n’est pas proportionnel et qui avantage les partis forts et les alliances.

Conclusion : Tout dépendra donc du taux d’abstention. En chute quasi constante depuis les années 70, ce taux pourrait être proche des 50 % en 2017. De quoi nourrir de sérieuses ambitions pour le FN, qui aura alors toutes les cartes en main pour gagner plusieurs élus et réaliser une percée historique à l’Assemblée nationale. En cas de sursauts des électeurs des autres partis et une abstention plus faible qu’en 2012, le FN pourrait par contre subir une sérieuse désillusion et ne pas concrétiser ses excellents scores actuels.

Conclusion générale

Les progrès du Front National sont à l’heure actuelle indéniables. S’ils sont très importants par rapport à ses mauvais résultats des années 2007-2010, ces progrès restent nets au regard des scores passés du parti. Outre son nombre de voix, ses pourcentages ou encore ses candidats élus, une autre tendance le prouve : son nombre d’adhérents.

De nouveau, le FN a établi récemment un record avec 83 000 adhérents en octobre dernier. C’est 66 % de plus qu’en 2012, près de quatre fois ses résultats de 2010/2011, et douze fois ceux de 2007. À titre de comparaison, l’UMP comptait 318 000 adhérents en 2013 (moins aujourd’hui), tandis que le Parti Socialiste est monté à plus de 350 000 lorsqu’il s’appelait encore Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), des chiffres qu’il n’a jamais revu depuis. Cette croissance du nombre d’adhérents au FN est un signe de vitalité, néanmoins, cette donnée doit être analysée avec soin. En effet, le Parti Communiste français, avec 138 000 adhérents encore en 2012, prouve que l’on peut faire des résultats modestes malgré un appui important.

En guise de conclusion, je terminerai par les possibles raisons des futurs succès et échecs du Front National.

La crise économique et le chômage : nous l’avons vu dans cet article, le FN réalise ses meilleurs résultats lorsque le chômage est élevé ou en hausse. Une simple baisse d’ici 2017 ne devrait donc pas suffire au Parti Socialiste. Seul un recul important, comme passer sous la barre des 9 voire 8 % de chômage, pourrait avoir des conséquences négatives sur le FN. Un scénario peu probable.

L’abstention : en cas de mobilisation des électeurs des grands partis, le Front National ne peut rêver d’aucun résultat probant à l’heure actuelle. L’échec du Parti Socialiste et l’image écornée de Nicolas Sarkozy suffiront-ils à pousser leurs électeurs respectifs à rester chez eux ou à mettre un autre bulletin dans l’urne ?

Le vote de contestation : les électeurs du Front National peuvent être divisés en deux. On retrouve tout d’abord ceux qui croient foncièrement au programme du parti et qui votent donc FN peu importe les élections. Et il y a ceux qui votent en fonction de leur ras-le-bol. Cela rejoint en partie le volet sur la crise économique, mais le vote de contestation va plus loin encore, puisqu’il intègre tous les autres critères (insécurité, affaires politiques, etc.). Ce vote sera-t-il important dans les années à venir ? La réponse à cette question peut changer une élection.

La présence locale : grâce à ses derniers bons résultats, le FN a pu accroître sa présence locale. De quoi lui offrir une publicité inégalée, pour des résultats tout aussi inégalés. Quant aux autres partis, ils pourraient subir un découragement de la part de leurs élus locaux et leurs adhérents. A contrario, la montée du FN pourrait tout aussi bien les pousser à redoubler d’efforts s’ils souhaitent ne pas être remplacés.

La coalition: devenu quasi incontournable, le Front National arrivera-t-il à convaincre massivement des élus d’autres partis à les rejoindre ou à accepter une coalition ? Si dans le passé, une telle situation a déjà eu lieu à des niveaux limités, cette fois, les rapprochements pourraient se généraliser. Tout dépendra à la fois des consignes des grands partis, et des volontés individuelles de chaque élu.

Meeting du 1er mai 2012 par Blandine Le Cain (CC BY 2.0)

Meeting du 1er mai 2012 par Blandine Le Cain (CC BY 2.0)

La division : si les résultats du Front National dépendent de nombreux facteurs, sa réussite est liée en grande partie à son unité. Sa division en 1998 opérée par Brunot Mégret et le MNR a ainsi eu des conséquences non négligeables sur le parti à l’époque. Éviter une dispersion est donc capital pour le FN. L’importance de la famille Le Pen et l’affaire de Jean-Marie Le Pen peuvent-elles avoir des effets néfastes pour le parti ? Il lui faudra quoi qu’il en soit laisser vivre et respirer ses autres cadres.

Les finances du FN : dans le passé, suite à ses mauvais résultats entre 2007 et 2010, le parti a dû faire face à d’immenses problèmes financiers. Des soucis qui l’ont un temps empêché de proposer un maximum de candidats, en particulier dans les régions où le parti était crédité d’un faible pourcentage, impliquant ainsi un non-remboursement des frais de campagne. La situation actuelle est bien différente suite à ses récents succès. Le parti devra néanmoins veiller à ne pas dilapider son pactole actuel.

La stratégie de l’UMP : l’échec du FN entre 2007 et 2010 est en partie dû à une agressivité particulière de Nicolas Sarkozy et de l’UMP afin d’attirer des électeurs intéressés par des sujets auparavant abordés exclusivement par le FN. Cette stratégie sera-t-elle renouvelée par l’actuel président de l’UMP en 2017 ? Ce n’est en rien une certitude, et quand bien même ce serait le cas, il n’est pas certain que les électeurs frontistes retombent dans le panneau.

Les erreurs stratégiques et médiatiques : aujourd’hui en position de force, Marine Le Pen pourrait payer sa relative « jeunesse » en tant que leader de parti. Être en position de challenger est aisé, être le parti numéro un du pays, c’est autre chose. La pression médiatique n’en sera que plus forte, ce qui pourrait la mener à la faute. Ses débats avec d’autres politiciens seront aussi très instructifs : cela pourrait tout aussi bien lui permettre de se renforcer que d’enfoncer son parti en cas d’erreurs.

Les électeurs historiques : pour gagner les élections, le Front National, en particulier avec Marine Le Pen à sa tête, cherche à ratisser de plus en plus large. Si le programme politique ne varie guère, les propos médiatiques, eux, montrent une fermeture envers les pétainistes, antisémites, néo-nazis, etc. Une posture qui pourrait pousser ces derniers à ne plus renouveler leur confiance. Les ménager tout en attirant de nouveaux électeurs, moins « extrêmistes », sera ainsi la clé pour le FN. Mais ménager la chèvre et le chou n’est pas toujours simple.

Quelques liens intéressants 

Ces liens n’ont aucun rapport avec des sources de cet article, il ne s’agit que d’articles qui peuvent permettre de mieux comprendre les votes en faveur du FN.


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21 thoughts on “Progression du Front National : analyses et infographies

  1. Merci pour ce travail très bien documenté. Au sujet du nombre d’adhérents, il faut peut-être rappeler que personne ne contrôle les chiffres donnés par les partis politiques. J’ai tendance à penser que c’est, de fait, facile de les gonfler…

  2. Merci beaucoup, enfin une analyse pertinente. Beaucoup de boulot un grand bravo et un grand merci.

  3. donc les jeunes fachos arrivent!on attend les elections pour voir les jeunes fachos!

  4. Bravo. Du vrai travail journalistique. Des faits et des chiffres, juste cela, sans jugement ou incitation politique comme hélas le font désormais bon nombre de médias. Pour tout dire, j’ai trouvé votre site en tapant résigné « analyse objective des résultats de l’élection régionale ». Au point où il faut en arriver pour trouver un peu de sérieux et de bon sens !

    • Merci Olivier ! Effectivement je ne commente pas ici les programmes des partis ce n’est pas du tout le but ici.

  5. Bonjour, passionnante étude qui répond à beaucoup de questions que je me posais depuis longtemps. Merci ! Pourriez-vous envisager une suite après les élections régionales de décembre 2015 ?

    • Bonjour Pictulo. Merci pour votre message ;)

      Une mise à jour des données sera bien entendu faite après le deuxième tour.

      Après, ça ne changera pas grand chose au contenu (les résultats confortent plutôt cette étude en fait), mais par contre, un autre article, avec un angle différent, est tout à fait possible.

  6. Parler des raisons du vote Front National sans mentionner une seule fois l’immigration incontrolée, le refus de l’islamisation (ou la défense de l’identité) et l’insécurité croissante est un déni de réalité qui démontre une analyse des raisons du vote FN totalement dépassée et inobjective (comme le font habituellement les journalistes de gauche). Les résultats du 1er tour des régionales 2015 et les enquètes très récentes auprès des électeurs FN viennent d’ailleurs de prouver que le FN récolte une très large majorité de votes d’adhésion (et non de contestation) centrée sur les 3 raisons citées au début, avec bien sur en prime le chomage dramatique dont le PS est directement responsable depuis 2012. Pour l’insécurité, la politique laxiste et irresponsable de Taubira et la non réaction du PS après les attentats de Janvier expliquent l’explosion de la délinquance dans les cités et les actes terroristes perpétrés en Novembre par les islamistes barbares (ces attentats auraient pu être évités si le PS avait fait son travail en matière de controle des djihadistes déjà identifiés, des imams intégristes, et de lutte contre l’insécurité, mais le PS n’a rien fait entre Janvier et Novembre, si ce n’est des discours, comme d’habitude)

    • Bonjour Gérard. Comment faites vous pour commencer un commentaire en parlant d’analyse dépassée et « inobjective », pour ensuite pondre un commentaire aussi simpliste ? Sérieusement ? Vous pouvez pas livrer autre chose que de tels poncifs que tout le monde sait faux ?

    • Pourquoi faut-il que vous veniez tout gâcher ? Pour une fois qu’on a une analyse sérieuse de forces et des faiblesses du FN dans ses différents votes, pour une fois qu’on a pas l’éternel bourrage de crâne moralisateur si courant dans Le Monde, l’Obs, Libé voire même Le Point ! Je suis de votre camp, j’ai voté FN entre autres pour les motifs que vous évoquez, mais ce n’est pas pour autant que j’ai des œillères et refuse tout ce qui sort du dogme fniste ! Ce travail remarquable il faut le voir comme une étude scientifique rigoureuse, pas comme un satisfecit sectaire ou un article exclusivement à charge. Comme le dit l’auteur, les programmes ce n’est pas ici ! J’aurais le même intérêt à lire les analyses d’autres partis (il y a un message là !), sans à priori, simplement avec le plaisir de lire un travail objectif si rare en notre époque de matraquage politico-moralisateur ! SVP ne vous sabotez pas ce journaliste, peut être un des derniers dignes représentants encore non domestiqué :-)

  7. Très intéressant.Sur l’accès au pouvoir, il semblerait que leur but ultime, ne soit pas 2017, mais 2022. J’avais écouté une émission, il y a quelques mois sur France Culture, où un cadre, responsable de la formation interne, estimait qu’ils avaient besoin de ce temps là pour recruter des cadres et leur apporter les compétences qui leur seront nécessaires à l’exercice du pouvoir suprême.

  8. Bonjour Nil,

    A la Revue Projet où je travaille, nous lançons la semaine prochaine un financement participatif sur Ulule, ayant pour thème :  » Face à l’extrême droite : écouter, comprendre, agir  » . Nous aimerions utiliser votre graphique avec les résultats des élections (présidentielles, législatives, régionales…) sur notre page. En vous citant bien sûr. Est-ce possible ?

    • Bonjour Lucile. Aucun problème bien évidemment ;) bon courage pour le ulule !