Cette interview n’existerait pas sans le soutien sur Tipeee de Suzanne, Pierre, Alice, Julien, Isaïe et Christelle. Merci à eux.
Photo réalisée par Noëlle BallestreroCC BY 3.0. Source.


Tous les samedis, une interview d’un YouTubeur francophone vous sera désormais proposée sur ce blog, ceci peu importe sa notoriété. Vous retrouverez ainsi régulièrement des entrevues de petits (et parfois grands) YouTubeurs. Le concept est simple : 30 questions, toujours les mêmes, sont posées à un ou une vidéaste. L’objectif est à la fois d’en connaitre plus sur l’interviewé, et en même temps de lui permettre de parler de sujets de fond qu’il n’a pas l’occasion d’aborder dans ses vidéos ou même ailleurs. Notez que le terme de YouTubeur ne limite pas les interviews aux utilisateurs de la plateforme de Google, néanmoins, cette dernière captant la plupart des créateurs de vidéos, on peut aujourd’hui aisément prendre ce raccourci.

Nous commençons cette série d’interviews par Pouhiou. Connu sur YouTube sous le nom de Pouhiou Noénaute pour ses chroniques « Et mon Cul, c’est du Pouhiou ?« , il compte à l’heure où sont rédigées ces lignes un peu plus de 5 000 abonnés pour près de 120 000 vues. Rare vidéaste français à discuter de sexualité sans tabou, ses propos résonnent et raisonnent auprès d’un auditoire toujours plus nombreux. Une personnalité que vous allez connaitre plus en profondeur grâce à cet entretien fleuve, ce jeune homme de 32 ans ayant la langue bien pendue. Les liens disponibles dans l’entrevue ont été intégrés par moi-même et non par l’interviewé.

1. Comment t’appelles-tu et où vis-tu ?

Pouhiou (oui, c’est mon vrai prénom), j’habite à Toulouse.

2. Quelles études as-tu faites et ont-elles eu une influence sur tes vidéos ?

J’ai fait du Japonais puis du Tourisme, ce qui n’a (à quelques exceptions près) aucun rapport avec le sexe…

3. Quelle est ta démarche ?

Je suis quelqu’un qui, dans la vie, parle très librement et très facilement de sexe, même avec des personnes que je viens juste de rencontrer lors d’un co-voiturage (#truestory). Pour moi, c’est aussi banal que d’échanger des recettes de cuisine. Le soucis, c’est que c’est un sujet franchement tabou. Notre silence génère de la honte, et il y a un véritable manque d’éducation sexuelle… un manque qui est -malheureusement- comblé par le pr0n! Ça me chagrine parce que le porno, c’est fait pour être visuel, pas pour éduquer au sexe… Alors j’ai commencé par faire des chroniques sur Radio FMR (radio associative toulousaine à tendance punk). Puis, après avoir rencontré DanyCaligula, je me suis dit que ce serait une bonne idée de les adapter pour YouTube, où il y a tout un public de jeunes qui peuvent se poser bien des questions sur la chose. Si je peux parvenir à ouvrir la discussion, créer un espace sans jugements ni angoisses, et filer deux ou trois astuces glanées au cours de mon expérience, alors ce sera une bonne chose.

4. Es-tu relié à un Network ? Si non : pourquoi ? Si oui, quel est-il et que t’apporte-t-il ?

Non, et à ce jour, aucun Network ne m’a demandé de le rejoindre… Est-ce parce que je parle d’un sujet auquel peu d’annonceurs veulent être associés, parce que je n’ai pas assez d’audience ou parce que j’enjoins mon public à utiliser des bloqueurs de pub… j’en sais rien, faut leur demander ! Le fait est que je n’aime pas la publicité, c’est à mon sens une pollution intellectuelle, médiatique. Je la supporte sur ma chaîne parce que sans elle, les vidéos sont moins bien référencées. Or mon but est d’atteindre le public qui est captif de Google. Donc j’active la pub, tout en disant bien aux gens comment s’en préserver ;) ! Après, honnêtement, je ne vois plus l’intérêt des Networks actuellement. Je ne vois pas en quoi, maintenant qu’ils ne protègent plus du robocopyright de Google (le fameux « content ID »), leurs apports justifient la part qu’ils prennent sur les bénéfices… Mais peut-être qu’il y a des avantages que je ne connais pas.

5. Vis-tu de tes vidéos et combien gagnes-tu par mois ?

Non, je ne vis pas de mes vidéos. En 5 mois d’existence et 100 000 vues, ma chaîne a dû me rapporter 70 $ de revenus. Je considère cela comme de l’argent sale, puisqu’il vient de la pollution intellectuelle qu’ont subie des personnes voulant voir mes vidéos. Alors j’ai envie d’en faire quelque chose de beau, comme acheter des préservatifs de qualité afin de les distribuer gratuitement… Ouais, ça me plairait bien, quelque chose comme ça ! Sinon, je vis comme j’ai toujours vécu en tant que comédien et romancier : je bosse de temps en temps, je chôme de temps en temps, je me satisfais de très peu d’argent et de moyens mais j’investis mon temps et mon énergie sur les créations que je veux faire. En ce moment, je dois vivre avec 500 € d’allocs par mois… Et je bénéficie aussi de dons de personnes qui ont voulu soutenir ma démarche de mettre toutes mes œuvres dans le Domaine Public Vivant (lissé sur une année, ça doit faire 50 €/mois). L’un dans l’autre, ça fonctionne pas trop mal ;)

6. Quel matériel utilises-tu ? (caméra, trépied, micro, ordinateur, lumière, logiciels, etc.)

J’ai la chance d’avoir pas mal bourlingué et de m’être fait un réseau d’artistes avec qui j’ai bossé… Du coup, j’ai des amis photographes qui me prêtent 3 gros appareils (5D mark II, mark III, et 6D). On les installe sur pieds, avec un bon micro et deux mandarines pour la lumière, et on shoote chaque chronique dans les conditions du direct ! Après, c’est Dany qui fait le montage, sur son grrrros PC avec Adobe Première…

7. Combien de temps te prend chaque vidéo ? (écriture, réalisation, montage, effets spéciaux, etc.)

En fait, il y a toute une équipe autour de moi… du coup j’ai fait en sorte d’avoir un concept qui demande un minimum de travail à chacun-e… J’écris d’abord les chroniques pour la radio, ce qui me prend 2 heures environ. J’en sélectionne ensuite quelques unes et les réécris pour la vidéo (une à deux heures d’adaptation par texte). Puis vient un long, long moment où j’apprends par cœur et répète la dizaine de vidéos qu’on va tourner… ça me demande au moins 2-3 heures de boulot par soir sur quinze jours pour mémoriser textes et regards caméra ; et surtout pour retrouver le naturel et la sincérité qu’il faudrait atteindre ! Car on fait une journée de tournage par trimestre, et on tourne entre 7 et 10 chroniques à chaque fois. Une fois les images et le son en boite, le montage demande à Dany 4 à 6 heures de travail par chronique, tous les quinze jours…

8. As-tu assez d’idées pour continuer ton (ou tes) concept(s) actuel(s) ou vas-tu faire évoluer tes vidéos d’ici peu ?

Pour l’instant, j’ai trop de sujets à traiter et trop peu de temps pour tout faire ! Mais j’ai des envies de pouvoir ouvrir la discussion en direct, de passer des soirées à papoter d’un sujet ou d’un autre… Je ne sais pas combien de temps cela durera, ni si je ne vais pas tenter d’autres choses… Mais pour l’instant je suis encore dans la découverte et le plaisir de faire ce que je fais.

9. As-tu peur de te lasser de faire des vidéos ?

Non. Si un jour je me lasse, j’évoluerai ou je passerai à autre chose, tout simplement. Ce n’est pas mon premier projet artistique, ni mon seul, ni mon dernier !

10. As-tu un objectif ultime en matière de vidéos ? (court métrage, long métrage, etc.)

J’aime surtout écrire. Si je me suis mis devant la caméra, c’est que je n’ai trouvé personne d’autre pour parler de sexe sereinement devant tout le monde ! Mais j’aimerais beaucoup écrire de la fiction ciné. Trouver comment, dans l’écriture vidéo, traverser le quatrième mur et conter une histoire tout en montrant que c’est une histoire, une fiction. J’adore cette idée du conte « auto-conscient » qui t’expose ses mécanismes tout en te prenant à l’intérieur de ses rouages…

11. Hors vidéo, as-tu des projets ? (monter un spectacle, écrire un livre, faire un jeu vidéo, devenir dictateur)

Alors : j’ai écrit et joué deux pièces de théâtre, une comédie sur le suicide (Tocante) et une sur l’envie de se castrer (AndroGame). J’aimerai un jour achever ce triptyque avec la troisième pièce de théâtre… mais je ne la jouerai pas. L’envie d’écrire a pris le dessus sur l’envie de scène. Sinon, j’achève en ce moment le 3e roman des huit que compte le cycle des NoéNautes… Une série de romans-feuilletons avec des télépathes qui se débattent contre une conspiration. Les deux premiers sont disponibles aux éditions Framasoft, et en téléchargement libre et gratuit sur mon site. C’est chez mon éditeur que j’ai rencontré Gee, un illustrateur de talent, avec qui on concocte le « Guide du connard professionnel » un roman-BD qui parodie les MOOC pour nous enseigner le métier d’ingêneur, de consultant en connardise. C’est un peu un spin-off de mon premier roman. Pour l’instant… c’est à peu près tout !

12. Être dépendant de YouTube et de la publicité n’est-il pas problématique ?

Si, gravement. C’est pour cela que j’essaie de ne pas me mettre en dépendance. Je ne veux pas dépendre de l’argent que la régie pub de Google pourrait m’apporter. Je propose mes vidéos en téléchargement HD, gratuites et libres sur mon site. Comme tout ce que je crée, elles sont sous CC0, ce qui signifie que chacun-e peut les uploader où il le le veut, les modifier, etc. Je n’utilise (et donc ne sers) google-youtube que parce qu’il y a là un public captif, une audience à atteindre. Mais, pour tout dire, j’attends impatiemment que Framasoft (ou d’autres libristes) puisse avoir les moyens d’ouvrir son FramaTube, un espace de vidéos libres tenu par une association et/ou une communauté à qui l’on peut confier ses données et ses créations.

13. Que penses-tu de Tipeee ? (ou des plateformes équivalentes)

J’aime énormément l’économie du don. Tipeee est un concept brillant, où peu de soutiens permettent à un créateur de proposer ses contenus au plus grand nombre et d’en tirer de quoi vivre, payer son matériel ou ses collaborateurs… Les inconvénients sont une plateforme privée (il faut donc être en confiance avec sa direction) ; et la nécessité d’avoir une masse critique d’audience pour que cela puisse faire la différence dans la vie dudit créateur. Je sais qu’à mon niveau, pour l’instant, ce n’est pas la cas. Une autre expérience que j’aime beaucoup c’est Flattr. On décide de donner X euros par mois à la création sur internet, et cet argent sera partagé entre chaque création qu’on aura « flattré » à l’aide d’un bouton que les créateurs de contenus mettent sur leur site. Je l’ai sur tous mes sites et c’est aussi lié à mon YouTube (donc si tu es un flattreur, tes « j’aime » sur YouTube m’apportent directement un flattr). C’est malheureusement une solution peu connue, qui pourtant émane des personnes qui nous ont donné ThePirateBay (et sont en prison ou en cavale pour cet outil de partage). Dans l’idéal, j’aimerais que se mette en place la Contribution Créative, une taxe sur les abonnements internets qui serait redistribuée à tous les créateurs de contenus en faisant la demande (amateurs comme pros) en tenant compte de l’audience de leurs oeuvres. Les sociétés d’auteurs et industriels de la culture se positionnent contre un tel type de « flattr institutionnalisé » car il impliquerait la légalisation du partage non-marchand entre pairs ainsi que l’abolition de la frontière entre les pros, semi-pros et amateurs. C’est dommage, selon les chiffres du rapport Lescure, ils s’assoient sur (et privent les créateurs de) plus d’1,2 milliard d’euros depuis la rédaction de cette proposition. Mais à l’heure du numérique, les gens comprennent de plus en plus que le don n’est plus du tout un signe de charité/mendicité. C’est du mécénat de masse, une façon de remercier un auteur et de participer à sa démarche de partage. C’est dans cette dynamique que je m’inscris, et c’est parce que je vis dans la solidarité et l’interconnexion qu’il me paraît tout naturel de ne réserver aucun droit sur mes œuvres : de les remettre dans le pot commun.

14. As-tu eu des problèmes de droits d’auteurs depuis que tu fais des vidéos ?

Aucun, parce que dès le départ je les ai conçues comme des œuvres originales pouvant s’élever dans le Domaine Public Vivant. Les sons et illustrations que j’utilise sont sous licences libres, grâce à la volonté de partage de leurs auteurs (que je remercie, car sans cela ce n’eut pas été possible). Ce genre de solution est possible pour le genre auquel je m’adonne (la chronique / billet d’humeur) mais devient inaccessible dès qu’on se met à parler d’autres œuvres (les vidéos parlant ou s’illustrant de livres, films, musiques… ou les remix, mash-up, covers, etc.). Perso j’ai de la chance, mais beaucoup de mes collègues vidéastes sont dans la mouise. Car à défaut de lois reconnaissant et encadrant ces pratiques ouvertes par la culture numérique, ce sont les plateformes qui imposent leurs lois. On voit bien que Google, via YouTube, favorise les majors et industries culturelles sur le dos des vidéastes qui mouillent la chemise. Voir une grande partie (ou tout) des revenus publicitaires partir dans la poche de Disney parce que tu as utilisé 5 secondes d’un de leur film dans ta vidéo, c’est tout simplement injuste. Et c’est normal que ça arrive : il n’y a pas de Justice qui ait osé se pencher dessus.

15. Comment gères-tu pour le moment les commentaires sur YouTube et les réseaux sociaux, et ta notoriété plus globalement ?

J’ai l’avantage de ne pas être un « gros » (5000 abonné-e-s à l’heure où j’écris ces lignes) donc je peux encore prendre le temps de répondre à tout. Imagine : des gens dont la vie est prenante (et le temps de vie compté) prennent quelques minutes pour regarder mes vidéos (ou lire mes livres, ou voir mes confs, etc.) : déjà, en soi, c’est un beau cadeau pour ces œuvres. Mais en plus, certain-e-s prennent du temps, de l’énergie et leur clavier pour m’écrire un mot ! Alors j’essaie de comprendre pourquoi, comment et de répondre. Il est possible qu’un jour je ne puisse plus prendre le temps de répondre à tout cela, que je sois submergé. Il faudra alors que je trouve une autre façon de garder le contact, d’échanger au maximum. Antoine Daniel, par exemple, a été à ma connaissance le premier à briser le rythme de ses What The Cut par des « le 29 avec Antoine Daniel » où il répond, face caméra, à un maximum de questions tout en poursuivant l’échange et donnant des nouvelles de sa démarche. J’adore cet aspect horizontal du rapport créateur/audience… où l’auteur est avec toi, où il n’est pas en haut d’un putain de piédestal. Quant à la notoriété : pour l’instant je n’en ai pas assez pour que cela ait des conséquences marquantes. J’avoue que je suis pas pressé ! Le seul avantage que j’y vois est celui de pouvoir tenter des expériences de groupe, comme celles que proposent ZeFrank ou Amanda Palmer dans leurs TED talks respectifs. Quand j’étais comédien, j’avais un besoin de reconnaissance… puis ça c’est tari. Ce doit être pour cela que l’envie d’écrire a pris le dessus sur l’envie de brûler les planches. Aujourd’hui, j’ai surtout envie de communiquer des trucs, et le numérique me donne les moyens de le faire comme de le diffuser. Ça, je le vis bien !

16. Quel est ton YouTubeur préféré ?

Alors (parce que j’ai lu les questions suivantes) : je suis nul au jeu du « préféré » : j’aime des créations, des démarches, chacune pour des raisons qui lui sont propres, parce qu’elles sont uniques. Mais j’aime énormément les vidéastes qui tentent de pousser la réflexion par l’humour et le divertissement. Il y a, bien sûr, des évidents comme Usul, DanyCaligula, Bruce de e-penser ou encore les chaînes CodeMU et DirtyBiology. Mais aussi de plus connus comme Antoine Daniel, le Joueur du Grenier et Mathieu Sommet, qui sous prétexte de poilade, donnent en sous-texte des analyses de lecture des vidéos qu’ils présentent et de pourquoi/comment elles ont été réalisées et/ou diffusées. J’en oublie certainement d’autres, car je connais peu le « YouTube game »… Mais c’est toujours une joie de voir que d’autres pensent aussi que l’intellect passe beaucoup mieux par l’humour qu’en se prenant (un peu trop ?) au sérieux.

17. As-tu des relations avec d’autres YouTubeurs ?

Je suis colocataire de DanyCaligula… Du coup je l’aide sur ses vidéos et lui sur les miennes : vivre à une chambre d’écart c’est assez pratique pour ça ! Sinon je fais aussi partie de groupes de vidéastes portés sur la culture et le partage comme Solitude(s). C’est assez intéressant de pouvoir échanger sur nos pratiques, nos visions, nos attentes… Et cela permet de découvrir de nouvelles démarches. Enfin, il y a quelques amitiés/camaraderies qui se tissent via les connaissances communes et les réseaux sociaux… Après, je n’ai pas eu l’occasion d’arpenter les salons et les soirées en boite où se retrouvent des YouTubeurs. D’une part parce que je suis provincial, mais surtout parce que je suis plus du genre à refaire le monde jusqu’à 3h du mat dans le salon d’un pote que de réseauter dans un carré VIP : je suis trop timide dans ces circonstances-là ;).

18. Y a-t-il des choses qui te déplaisent sur les plateformes de vidéos ?

Je ne suis pas un gros consommateur de vidéos… et le plus gros avantage d’Internet, c’est qu’il y a toujours de quoi zapper ! Si une chose ne m’intéresse pas, j’ai d’autres onglets qui m’attendent… Après, ce qui me déplaît, c’est la tendance à faire de l’humour sur des poncifs (les femmes, les étrangers, les pédés…) que les comiques mainstream ont déjà épuisé depuis des décennies. Quand j’entends l’énième variation d’une vanne éculée, je trouve toujours dommage que le vidéaste ait raté l’aubaine de proposer une autre voix, un autre angle : bref, d’y mettre SA patte. Alors bien sûr on ne peut pas toujours être au top et moi-même je dois tomber dans mes lieux communs… Mais si c’est pour que YouTube devienne « TF1 2.0 », faut qu’on se remette en question !

19. As-tu déjà été sollicité par la télévision et si oui, quelle a été ta réaction ?

Non. Je ne sais pas si j’aurais la latitude de faire ce pour quoi je suis bon, une adresse frontale, directe et sans ambages. La télé est aussi un média vertical, qui te met sur un putain de piédestal en béton armé. Or moi j’ai le vertige…. Ce genre de média est enfin un ogre, un temps d’antenne boulimique qu’il faut sans cesse nourrir à un rythme effréné, et je me demande si c’est compatible avec le rythme organique et foutraque de la création. Bref : je ne sais pas si j’en serais capable dans les conditions où la télé se fait de nos jours !

20. Que penses-tu des chaînes de télévision ? Ne manquent-elles pas d’audace et de liberté, ce qui permet aux YouTubeurs de se démarquer et d’attirer un large public ?

Ah ben ça… elles ont l’inertie de leurs artères ! La télé a des procédés, des équipes et des savoir-faire qui existent depuis des décennies. Se renouveler avec tout ce passif, toute cette inertie, cela demande une force de remise en question qui doit être immense, presque inaccessible. Perso, je ne regarde plus la télé depuis 2007. Si un programme m’intéresse, je suis parfaitement capable de le retrouver sur le net et de le regarder à mon heure, à mon rythme (et même sans pub ^^). Je pense que les programmes ont surtout un problème de narratif : ces médias se voient comme verticaux, proposant leur contenu vers le public à sens unique. Il y a donc le danger de mieux savoir ce que les gens veulent voir, de ne pas prendre de risques et de simplifier au maximum les réalisations. Regarde un The Voice ou un Top Chef : les sous-titres, musiques et voix-off te disent déjà ce que tu dois ressentir! Et les mêmes techniques sont appliquées au 20h ou dans les reportages… Or toutes les créations TV qui valent le coup à mes yeux (de Doctor Who aux débuts de Game One en passant par Les Nuls) viennent de prises de risques ! Elles ont été faites en considérant le spectateur non comme un chiffre d’audience, mais comme un égal, un autrui. C’est l’avantage et le danger de YouTube. Parce qu’on peut y prendre des risques… Mais l’outil est fait pour nous faire considérer les gens comme des nombres d’abonnés ou de vues. C’est normal, hein, ce sont ces chiffres qui intéressent avant tout les annonceurs de Google, et Google est dans le business de la pub. Donc il nous colle ces chiffres bien gros bien en avant pour qu’on croit qu’ils sont importants et qu’on se mette à réfléchir comme une régie pub. Perso, ce qui m’émeut dans mes stats, ce sont le nombre de minutes passées devant mes vidéos. C’est un tout petit chiffre bien caché, mais il symbolise quand même le temps de vie que les gens ont passé à recevoir ce que j’ai proposé…

21. Certains YouTubeurs cèdent à l’argent facile en réalisant des vidéos sponsorisées. Que penses-tu de ce phénomène ?

Tout dépend du type de sponsoring. Le souci, c’est que les vidéastes sont une cible facile pour les agences de comm’… Bien trop contentes d’avoir accès à un public ciblé et large à très peu de frais (parfois il suffit de quelques « cadeaux » ou d’un contrat ridicule et méprisant qu’aucune émission de la TNT n’accepterait). On a donc des publicités cachées, non signalées, grossières et toujours aussi polluantes. C’est dommage, il y a vraiment l’occasion de créer des événements innovants et des partenariats intelligents avec le privé. L’histoire de Casey Neistat avec la prod du film The Secret Life of Walter Mitty en est un joli exemple. Perso, si on vient me voir pour que je mange des Doritos en dégoisant ma chronique, je crois qu’on se fera recevoir. Mais si Durex ou Manix me fait une proposition visant à distribuer gratuitement des protections de qualité, je pense qu’il y a moyen d’être inventifs sans polluer l’esprit des gens.

22. Que manque-t-il à YouTube selon toi ?

Il y a surtout trop de Google ! Le référencement parfaitement injuste et déséquilibré, la gestion automatisée des droits d’auteur qui joue au favoritisme pour les majors, l’enfermement dans la publicité, la gestion désastreuse des commentaires qui ne peuvent pas être un lieu d’échanges et de débat… Ce sont des choix logiques pour ce business, mais franchement iniques par rapport à ceux qui en font le succès, c’est à dire les vidéastes ;).

23. Si Facebook affichait des publicités dans ses vidéos et partageait ses revenus publicitaires, diffuserais-tu directement tes vidéos sur le réseau social ?

Comme je me fiche des revenus publicitaires, j’avoue que je pourrais déjà le faire. Mais là, c’est au dessus de mes limites ! Je me cogne déjà de donner de la valeur à Google en lui fournissant du contenu et du temps d’attention, je vais pas faire pour Facebook en plus ! Par contre, tu peux aller sur mon site, télécharger les fichiers HD de mes vidéos, et les uploader où tu veux. Avec de la pub si tu veux (ce serait moche, je dénoncerais certainement le manque de classe du procédé, mais tu serais dans ton droit). Juste, ne te fais pas passer pour « Pouhiou » (la France protège les identités numériques, et je tiens à la mienne ^^). Mais j’insiste : tu as tous les droits avec ces vidéos, dont celui de les diffuser où bon te semble.

24. As-tu été soutenu financièrement, techniquement ou médiatiquement par ta ville, des organismes locaux, etc. ?

Nope : rien que le bon vieux réseau de l’entraide entre ami-e-s. Je vois mal l’actuelle mairie de Toulouse m’encourager à parler de Cul sur les internets ;)

25. Que pensent tes proches (familles, amis) de tes vidéos ? Te soutiennent-ils d’une manière ou d’une autre ?

Ils aiment beaucoup ! Cette liberté de parole et cette envie d’analyser / décortiquer nos comportements (même sexuels) je la tiens de mes parents. Nos repas de famille ne sont pas tristes, je peux te l’assurer ! J’ai même ma môman qui a interprété une de mes chroniques… où une mère écrit une lettre à son fils pour lui parler du porno. C’est un beau cadeau qu’elle nous a fait là, et je l’y trouve très émouvante (bien entendu, je n’ai aucune objectivité sur cette vidéo !)

26. Quels sont tes livres de chevet et/ou tes livres préférés ?

Je suis un grand fan de Terry Pratchett, Chuck Palahniuk, et bien d’autres auteurs qui brisent le quatrième mur de l’histoire ou font un travail entre la forme et le fond. La Maison des Feuilles, de Danielewsky, est un chef-d’oeuvre du genre ! Mais les livres qui ne quittent jamais mon chez moi sont le Cyrano que mes parents m’ont offert au CE2, qui m’a donné le goût du théâtre et des belles lettres ; et une édition de poche des Paroles de Prévert que ma mère a annoté lors de son adolescence. Je la lui ai volée.

27. Ton ou tes film(s) préféré(s) ?

Le Rochy Horror Picture Show, Brazil, L’Incroyable Destin de Harrold Crick, Dans la Peau de John Malkovitch, ShortBus, Mysterious Skin… Je pourrais en citer une pléthore, mais ce qui les réunit c’est la multitude de trouvailles à la seconde servant un scénario qui dessine la vie en débordant des cases.

28. Ta ou tes série(s) préférée(s) ?

Six Feet Under, indéniablement. La famille Fisher (tout comme les persos de Queer as Folk et le scooby gang de Buffy) est devenue des amis imaginaires. Des personnes qui existent dans et par mon esprit mais qui ont une profondeur telle qu’ils me font ressentir des choses, qu’ils ont une espèce de réalité, de consistance à mes yeux. J’ai aussi un faible pour les séries que j’ai pu sous-titrer durant ma période « fan-subber » : Life, Eli Stone, The Ritches ou United States of Tara : ce sont de belles petites créations. Il faut dire que je suis un vrai sérivore !

29. Ton ou tes artiste(s) préféré(s) ?

Le prochain qui va me faire vibrer. Je suis toujours entier quand une œuvre parvient à me happer suffisamment pour que je plonge dedans. En ce moment, je me fais la filmo de Xavier Dolan et je lis Autoportrait de l’Auteur en Coureur de Fond de Haruki Murakami.

30. Ton ou tes jeu(x) vidéo préféré(s) ?

Récemment, on m’a montré The Stanley Parabole, qui est juste brillant. J’ai adoré les Portal et The Last of Us, aussi… Des jeux aux scénarios qui fouillent ce qu’il y a dans l’humain, quoi ! Mais j’aime plus voir les jeux qu’y jouer moi-même. Je dis pas que je ne craque pas sur un bon Starcraft II, mais ça fait longtemps que je n’en ai pas pris le temps…

Bonus : la question (et la réponse) que tu te poserais à toi-même ?

Q : Et sinon, t’en as pas un peu marre d’avoir un avis sur tout…?
R : Si. Mais c’est plus pour remplir le vide qu’autre chose. Un truc en rapport avec la page blanche, j’imagine. Et puis, c’est pas comme si je croyais vraiment que j’avais raison. Enfin : j’espère…


Cette entrevue vous est offerte gratuitement et sans publicité. Si être interviewé vous intéresse, vous pouvez toujours envoyer un courriel à nilsanyas@gmail.com.

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3 thoughts on “[Interview] Pouhiou : « Si je me suis mis devant la caméra, c’est que je n’ai trouvé personne d’autre pour parler de sexe sereinement devant tout le monde »

  1. Deux grosses fautes ici : « Des jeux aus scénarios »
    Sinon c’est cool, même si connaissait déjà le personnage

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