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Cette semaine, j’ai réalisé une action que je ne pensais jamais faire : donner de l’argent à Facebook. Il faut dire que j’ai été pas mal refroidi par de nombreux articles et vidéos critiquant le système de publicités du réseau social de Mark Zuckerberg. Cette vidéo de Veritasium (en anglais) que vous pouvez voir ci-dessous rappelle ainsi qu’il existe des moyens d’augmenter artificiellement son nombre de J’aime non pas en attirant des gens vraiment intéressés par la page, mais juste en les « achetant ». Il s’agit généralement de membres de Facebook situés dans des pays à faible revenu et recevant de l’argent pour aimer votre page. Et il n’y a pas besoin de passer par des sites louches semble-t-il… Certes, cela permet de gonfler ses muscles et surtout son nombre de J’aime. Mais pour quoi faire ? Vont-ils plus tard commenter, partager, aimer les publications futures ? Les chances sont minces. Il ne s’agit pas d’abonnés fidèles mais factices, n’ayant que pour seul intérêt de faire croire à une popularité inexistante, ou tout du moins supérieure à la réalité.

J’ai pourtant sauté le pas cette semaine. Rassurez-vous, je n’ai dépensé que 5 petits dollars canadiens. Je ne suis pas maso non plus. Voici donc la base du test :

Publication mise en avant : Comprendre les joueurs en huit points (publiée le 9 décembre 2014).

Stats avant la publicité : 2939 personnes atteintes sur l’article en question (c’est-à-dire vues sur leur mur), 8 J’aime, 4 commentaires et 30 partages.

J’aime sur la page Votre Journaliste avant publicité : 515.

Pays visés : France, Canada, Belgique, Suisse et Luxembourg.

Âge : 13-65 ans

Intérêt : Jeux FPS, Jeux de Tir, etc.

Sexes visés : hommes et femmes.

Répartition du budget : 5 $ sur 48h entre le lundi 30 mars au soir et le mercredi 1er avril au soir.

Stats annoncées par FB avant de commencer : peut toucher entre 3200 et 8300 personnes, sur 17 millions potentiels si mon budget était supérieur. Exemple : avec 3000 $, on peut atteindre entre 680 000 et 1,8 million de personnes d’après FB (avec mes critères).

Bilan

Statistiques Facebook de la publicité pour la publication "Comprendre les joueurs en huit points"

Statistiques Facebook de la publicité pour la publication « Comprendre les joueurs en huit points »

Toute la somme a donc été dépensée (5 $).

5341 personnes ont été atteintes d’après FB, soit plus ou moins la moyenne de ce qu’il m’avait annoncé.

Parmi ces personnes, 4255 étaient des hommes (79,66 %) et 1071 des femmes (20 %), plus 15 dont le sexe est inconnu.

Les 13-17 ans dominent largement les débats avec 4307 personnes atteintes, soit plus de 80 % de l’audience !

Concernant les engagements, c’est-à-dire les différents types d’interactions (clics, j’aime, etc.), 172 ont tout de même été enregistrés. On retrouve ainsi 159 clics, 9 J’aime, 1 commentaire et 3 partages sur l’article en question. Du côté de la page Votre Journaliste, seul 1 J’aime a été enregistré, et rien n’indique qu’il est lié à cette publicité, car cette page gagne de toute façon des « Likes » régulièrement.

Parmi les 159 clics, Facebook indique que 92,4 % sont des hommes et seulement 7,6 % des femmes. Un écart gigantesque qui démontre le peu de succès de l’article (ou de la publicité) auprès des femmes. Le réseau social précise d’ailleurs que les coûts pour attirer les femmes ont été deux fois supérieurs aux hommes. Enfin, toujours au sujet des 159 clics, près de 70 % étaient âgés entre 13 et 17 ans, et plus de 22 % entre 18 et 24 ans. Les jeunes hommes ont ainsi dominé les statistiques de ce test, et de loin.

Pour un réseau social dit « féminin », les statistiques de ces dernières sont bien faibles, bien que le sujet de l’article puisse effectivement toucher plus les hommes il est vrai, sans oublier les centres d’intérêt précisés dans la publicité.

Le bilan du bilan

Si le message sur Facebook a peut-être été vu par plusieurs milliers de membres (je dois croire FB sur parole sur ce point), pour le reste, les résultats ne sont pas convaincants. Peu de partages (3), peu de commentaire (1), pas de conséquences notables pour la page Votre Journaliste, c’est trop cher payé pour ce que c’est.

Seule réelle « bonne » nouvelle, il y a effectivement eu des clics sur l’article en question. Les statistiques de VotreJournaliste.com sont formelles. Cette capture d’écran vaut d’ailleurs 1000 mots, sachant que la publicité a eu lieu principalement le mardi 31 mars et le mercredi 1er avril.

Statistiques de l'article "Comprendre les Joueurs en huit points" sur le site VotreJournaliste.com

Statistiques de l’article « Comprendre les Joueurs en huit points » sur le site VotreJournaliste.com

En deux jours, j’ai ainsi réalisé plus que les cinq semaines précédentes. On peut donc dire que les résultats sont là. Mais cela vaut-il 5 $ ? Non. Néanmoins, il est certainement possible d’obtenir de meilleurs résultats pour la même somme dépensée avec des critères différents, une publication plus vendeuse, etc.

À ce sujet, notez que j’ai réalisé une autre publicité avant celle-ci, cette fois sur ma publication vantant mon article : [Hoax-Propagande-Buzz] Les salaires, les sénateurs, les députés, France vs USA. Intégrant une image avec beaucoup de texte, cette annonce a été retirée par Facebook après quelques heures, car interdite dans leur règlement. Toutefois, en quelques heures, les résultats ont été surprenants. Alors que seulement 0,74 $ a été dépensé, j’ai gagné de très nombreux J’aime sur la page (une dizaine), 1328 personnes ont été atteintes (dont 43 % de femmes et 84 % de 13-24 ans), pour un total de 70 engagements, dont tout de même 68 J’aime sur l’article. Pour rappel, mon autre pub, avec 5 $ dépensés, n’a généré que… 9 J’aime sur la publication, en 48h qui plus est, pour 4 fois plus de personnes atteintes.

Comment expliquer ces statistiques flatteuses et bien différentes ? Tout d’abord, le sujet, le texte et l’image n’avaient rien à voir, ce qui joue forcément. Mais il y a un autre critère fondamental à prendre en compte : la cible géographique. Alors que pour la pub à 5 $, je n’ai ciblé que les pays francophones d’Europe en plus du Canada, pour l’annonce supprimée, j’avais aussi rajouté de nombreux territoires d’Afrique, dont la Côte d’Ivoire, le Mali, le Cameroun, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, etc. Et si je vous dis qu’une partie importante des J’aime sur l’article venait de Bamako, la capitale du Mali, allez vous êtes surpris ?

Mon bilan ressemble donc à celui de Veritasium, qui n’a eu que très peu de retour une fois la mise en place de critères limités, notamment au niveau des pays ciblés. Son autre test, sans ciblage géographique, avait porté ses fruits au niveau des J’aime (surtout venant d’Égypte et du Bangladesh), sans que les interactions n’augmentent pour autant.

Conclusion et conseils

  • Le sujet et l’image de la publication ont certainement une importance dans le succès ou non de la publicité sur Facebook.
  • Les critères géographiques ont une toute aussi grande importance : si vous voulez booster plus ou moins artificiellement vos statistiques, vous savez quoi faire : ne limitez votre pub à aucun pays (surtout en Asie et en Afrique).
  • Pour avoir de réelles interactions, il faut cibler au maximum (sexe, âge, intérêts, pays), et probablement mettre un budget conséquent.
  • Il est bien possible de toucher des gens qui sont extérieurs à la communauté de la page. En aucun cas je n’ai payé pour être vu par mes propres abonnés – car il existe cette option que je qualifierai de « stupide » pour être gentil – j’ai préféré cocher l’option « Personnes choisies par l’intermédiaire du ciblage » et cela semble bien fonctionner. Avec ses limites toutefois.

Cela en vaut-il la chandelle ? Chacun se fera son avis, mais d’un point de vue purement personnel, les résultats ne sont en aucun cas concluants. La faiblesse de la somme pourrait toutefois expliquer le bilan négatif. Il n’y a donc pas lieu de tirer des conclusions définitives.

Note : toujours en guise de test, il n’est pas impossible que je répète cette opération, en affinant les critères et en augmentant ce budget. Mais ça ne sera pas pour tout de suite…


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2 thoughts on “La publicité sur Facebook, est-ce que ça marche ? – Le test de Votre Journaliste

  1. J’ai eu l’occasion de gérer des budgets plus importants par le passé (quelques centaines d’euros) et je te confirme que le résultat est le même. La pub sur FB fonctionne plutôt mal (à moins peut-être d’avoir un contenu orienté buzz à promouvoir): l’engagement est déjà pas merveilleux mais la transformation derrière n’est pas au RDV. Voilà pour mon petit retour ;)