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Source de la photo : Cody R S. (CC BY-SA 2.0)


Aujourd’hui encore, en 2014, les joueurs de jeux vidéo suscitent interrogations et étonnements. Ceux qui ne jouent jamais ou très peu se posent de nombreuses questions sur leurs comportements. Encore récemment, des animateurs à la télévision et la radio ont commenté et fait des déclarations particulièrement désobligeantes envers ceux que l’on appelle les « gamers ». Des remarques que l’on mettra sur le manque de connaissances sur le sujet. Si vous-mêmes n’êtes pas joueurs, voici donc huit informations à connaître absolument.

La concentration

À certains moments, un joueur a besoin de concentration, comme s’il travaillait sur quelque chose d’important. S’il vous demande du calme et de ne pas le déranger, c’est donc normal, ne soyez pas surpris. Prenons un exemple concret afin de mieux comprendre cette situation : quelqu’un en pleine rédaction, concentré sur sa feuille ou sur son logiciel de traitement de texte, a besoin de silence et qu’on ne l’interrompe pas, en particulier lorsqu’il est en plein milieu d’une phrase complexe ou quand l’inspiration est présente et qu’il est lancé pour écrire des pages et des pages sans s’arrêter. Pour un joueur, c’est la même chose. Certes, la finalité entre un jeu vidéo et un travail d’écriture est différente. Mais le moment de la « conception » est par contre similaire en tout point. Ne soyez donc pas étonné qu’il demande du calme et qu’il s’agace d’être dérangé, comme s’il était dans une bibliothèque.

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Source de la photo : Joey. (CC BY-SA 2.0)

Plus généralement, si les études sur les conséquences du jeu vidéo sur le cerveau sont loin de toutes aller dans le même sens, notez tout de même qu’une université américaine a mené une étude en 2010 sur les joueurs. Les chercheurs ont ainsi remarqué que les joueurs très expérimentés utilisaient une partie différente de leur cerveau par rapport aux joueurs peu expérimentés.

L’énervement

Suite logique du point précédent, jouer, c’est comme travailler. Échouer dans une partie est comme écrire une page complète et se rendre compte qu’il faut jeter le tout à la poubelle. Comme indiqué ci-dessus, même si la finalité entre jouer et travailler est différente, dès lors que le processus de conception est similaire, cela entraine des réactions tout aussi similaires. Jouer implique donc de donner de soi. Échouer est donc vécu (sur le coup) comme un échec personnel. Et cela énerve. La réaction est d’ailleurs la même si le jeu a des bugs, si la connexion internet est instable ou si un joueur en ligne adverse triche. Si on écrit que le stylo commence à couler, que l’ampoule qui éclaire la salle ne fonctionne plus ou qu’un autre écrivain a tout copié sur Wikipédia pour avoir une note supérieure à la sienne, il y a aussi de quoi s’énerver n’est-ce pas ?

Le stade ultime de l’énervement est la perte d’une partie suite à une sauvegarde ratée par exemple. Cela peut paraître surprenant aux yeux de non-joueurs, mais cette perte peut sur le coup être vue comme une catastrophe. Je le répète, pour certains joueurs, jouer est un véritable investissement personnel. Voir plusieurs heures de jeu disparaître en fumée est donc aussi douloureux qu’un étudiant voyant son chien manger ses trois pages de rédaction soigneusement écrites quelques heures plus tôt.

L’absorption

Vous trouvez que votre enfant, votre frère, votre sœur, votre ami ou votre voisin joue trop et durant des heures ? Là encore, il est important de comprendre une chose : quand on joue, on est absorbé parce ce que l’on fait. Jouer est un acte actif et non passif contrairement à la télévision, le niveau de concentration demandé est donc bien plus élevé. Cette activité implique que le temps passe beaucoup plus vite que d’habitude. On a ainsi l’impression de n’avoir rien fait en une heure de temps.

Si un joueur s’adonne à son activité durant trois, quatre, voire cinq heures sans s’arrêter, certes, cela paraît abusif pour des yeux extérieurs, pourtant, pour certains jeux (pas tous non plus), il peut s’agir d’un minimum afin de réellement avancer. Jouer 30 minutes à un jeu de rôle ou à un MMO (jeu massivement multijoueurs) est souvent inutile tant la progression est quasi nulle dans un laps de temps si court. Il existe toutefois certains jeux qui demandent moins d’implication. Si vous ne voulez pas que votre enfant joue trop, préférez donc ce type de jeux (renseignez-vous auprès de spécialistes).

Le temps passé à jouer

Si vous avez lu les points ci-dessus, vous aurez compris que jouer implique parfois un niveau de concentration important, au point d’absorber totalement le joueur. La notion de temps étant différente, il faut rajouter que cette pratique diminue fortement la sensation de fatigue. Le fait d’avoir le cerveau en activité constante repousse inévitablement l’envie de se coucher et de dormir.

Ceci explique en grande partie pourquoi de nombreux joueurs se couchent à 4h du matin voire font carrément des nuits blanches. Non, ils ne sont pas fous ni drogués ni « addicts », ils ont juste leur cerveau en ébullition. Le même effet arrive aux personnes surfant sur Internet, mais aussi à certains lecteurs qui peuvent dévorer des livres durant toute une nuit, ou encore les musiciens, qui, enfermés dans leur salle d’enregistrement, ne se rendent pas toujours compte du temps qui passe.

6039639540_588c9c396d_zSource de la photo : Cody R S. (CC BY-SA 2.0)

Le défi

Pour beaucoup de non-joueurs, l’implication dans un jeu vidéo ressemble à une drogue, une véritable addiction. C’est parfois le cas pour certains joueurs, néanmoins, il ne s’agit que d’une minorité. Pour la plupart des joueurs, il faut juste comprendre un point essentiel : jouer est vécu comme un défi, comme un challenge. Or arriver au bout d’un défi entraine de s’impliquer, de donner de soi. Ceci explique tous les points vus ci-dessus : la concentration, l’énervement, l’absorption et le temps passé à jouer.

Le Let’s Play

Votre enfant regarde avidement des vidéos de personnes jouant à des jeux vidéo (le let’s play), et vous trouvez ça anormal ? C’est compréhensible sur le moment. Néanmoins, prenez un peu de recul. Regarder d’autres gens jouer, cela s’est en réalité toujours fait. Plus petit, on regardait les autres sur les bornes d’arcade. On regardait Marcus à la télévision sur Game One. Lire un test dans un magazine ou sur Internet était une façon équivalente de s’intéresser aux jeux.

Plus globalement, cette activité est similaire à celle de regarder un sportif à la télévision ou même d’écouter un commentateur sportif à la radio. Après, tout est une question d’intérêt. Certains ne voient pas d’intérêt à voir du football à la télévision, mais ils apprécient l’athlétisme, le basket-ball ou encore le hockey. Pour d’autres, ce « sport », c’est le jeu vidéo. Tout simplement.

Le jeu vidéo ne rend pas con

Vous connaissez dans votre entourage un joueur complètement con ? Rassurez-vous, il l’était (con) certainement avant. Le jeu vidéo ne rend pas con. Il n’y a pas de relation de cause à effet, tout du moins, aucune étude ne l’a prouvé jusqu’à aujourd’hui. La connerie existe partout, dans tous les milieux. Il n’y a donc pas de raison que le monde du jeu vidéo soit épargné. La relative jeunesse d’esprit de certains joueurs ne s’explique pas par le jeu vidéo, tout comme la télévision, les mangas et la musique n’abrutissent pas forcément. Tout dépend de l’utilisation qu’on en fait évidemment, mais surtout, pointer du doigt le média, c’est passer à côté d’autres causes certainement plus profondes.

Faire du jeu vidéo la cause de tous les maux de la planète n’est pas constructif. S’il est logique de protéger les jeunes enfants et les esprits les plus faibles face à un contenu complexe et trop réaliste qu’ils auraient dû mal à apprécier, il est inutile de prendre les adultes pour des cons et de croire qu’ils sont incapables de faire la différence entre les jeux vidéo et la réalité. Vous connaissez certains joueurs dans ce cas ? C’est malheureux pour eux, mais le jeu vidéo n’a rien à y voir. Statistiquement, la quasi totalité des jeunes jouent, il y en a donc forcément dans le tas qui sont cons, idiots, fous ou suicidaires. Les jeux vidéo n’existeraient pas que ça n’y changerait rien. Un livre, un film, une série ou n’importe quel autre contenu culturel (au sens large) auraient tout aussi bien pu l’influencer. Et ces contenus n’en seraient pas pour autant le problème. C’est confondre les causes et les effets.

7594920880_5ffdb6eeaf_zDes fans d’eSport — Source de la photo : Jareed. (CC BY-SA 2.0)

Comprendre les « no-life »

L’un de vos proches, que ce soit votre enfant, votre frère, votre sœur, etc. ne fait que jouer aux jeux vidéo et n’a plus aucune vie sociale ? C’est malheureux, mais avant de juger cette personne, essayez de la comprendre. Pour elle, le jeu vidéo est la seule chose intéressante à ses yeux (pour le moment) dans ce monde pourri et perverti. Le problème ici n’est pas le jeu vidéo, mais plutôt la perception qu’a ce proche du monde qui l’entoure. Ce monde rempli de gens qui jugent toutes les personnes sortant de la norme, tous ceux qui ne pensent pas comme eux, qui ne leur ressemblent pas… Et ont-ils vraiment tort de vouloir fuir un tel monde ?

Le problème de base est en fait le manque de perspective d’avenir de ces personnes asociales, parfois appelées négativement No Life, otaku ou hikikomori (leurs vraies définitions sont d’ailleurs différentes). Face à un monde extérieur qui les dégoute, beaucoup n’hésitent d’ailleurs pas à se suicider. Positivez, en choisissant de se réfugier dans le jeu vidéo, il a trouvé une solution alternative au départ définitif. La sortie du monde qu’il s’est créé est « simple » : offrez-lui de nouvelles perspectives et un autre environnement, et il changera. Un No Life est en réalité comme tout le monde, il ne demande généralement que ça : être entouré de gens intéressants, avec qui il peut s’entendre, ceci dans un environnement sain. Seule sa perception du monde diffère, et cela ne signifie en aucun cas que sa vision est la mauvaise… Mais si tout ce qu’on a à lui offrir est un « monde de merde », il ne faut pas s’étonner.


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21 thoughts on “Comprendre les joueurs en huit points

  1. Bonjour,
    Article très intéressant, merci d’essayer de faire évoluer l’image du jeu vidéo.
    Juste un point, je trouve dommage de ne pas mentionner le partage et l’échange social dans le jeu vidéo.
    Cela n’est pas valable que pour les jeux onlines, puisque même les jeux multijoueurs en local rassemblent et les jeux solo forment des communautés notamment autour de streamers ou autres.
    Chaque rencontre est unique: c’est comme discuter avec un inconnu dans l’avion ou prendre dans ses bras dans un stade de foot un voisin aléatoire lors d’un but.
    On voit souvent le jeu vidéo comme un loisir qui enferme le joueur dans une bulle, mais n’oublions pas qu’il y a des milliers d’autres personnes dans cette bulle avec qui échanger.
    Le jeu vidéo rassemble.

  2. Merci a l’auteur de cette article fort interesant qui merite d’etre lu par une grande partie des medias pour qui le jeux video et leurs joueurs et souvent une cible trop facile a mon gout
    ils n’estiment pas encore le fait que la generation qui arrive et une generation de joueurs
    tout le monde aujourd’hui dans ma generation (j’ai 17 ans donc entre 14 et 20 ans) a joue au moins une fois a un jeux video et sa le « monde » ne s’en rend pas compte tout sa pour dire que je trouve que cette article et genial et surtout il en eclairera plus d’un sur le jeux video

    dsl pour les fautes

  3. Merci encore pour cet article qui offre une vision objective et plus compréhensible du gamer. Et je dois dire que je me reconnais parfaitement dans cette définition. Rien de plus agaçant que d’être constamment dérangé en pleine partie, sans que les autres ne comprennent (ou ne veulent comprendre) pourquoi.
    Amusant aussi la comparaison avec l’écriture.
    Je rejoins mon vdd sur l’échange que peut offrir les jeux online, pouvant creer des liens souvent éphémères mais pas moins vivants et réels

  4. JFC tu ferais bien de jouer moins et de lire un peu plus :-) cet article est écrit par un type qui veut bien faire mais qui galère à mort pour faire des phrases correctes !

      • @Brutal : Un bien belle attaque sur la forme ;) Nil est un journaliste pro depuis des années (connu et reconnu de tous les amateurs de high tech). Pour ta culture personnelle, le journaliste n’a pas vocation à faire des phrases parfaite (c’est le boulot du Secretaire de rédaction), mais simplement à tirer la quintessence d’un sujet.

    • Ben quoi, tu vas me dire que tu as le niveau d’un journaliste pro ? Non ? Bon on est d’accord ! Si tu es toujours pas d’accord, tu peux compter le nombre de « cela » qu’il y a dans ton article et le comparer à n’importe quel article d’un site un peu sérieux, je suis gentil, je te laisse le choix du site !

  5. Bonjour,

    La forme je ne la jugerais pas, je ne suis pas journaliste. :)

    Pour le fond, c’est assez bien résumé. Ton article me fait penser à la vidéo d’une personne nommé « Le Padre », président d’association eSport et qui avait réalisé une vidéo youtube expliquant le pourquoi du comment dans l’esport etc…
    Tu aurais peut être pu faire une aparté sur la distinction entre casual, semi-pro et pro, mais soit, c’est assez bien étoffé. :)

    Bonne continuation

  6. Très sincèrement bravo pour cet article : exposer de manière claire et concise les différente étapes et phénomènes entrant en jeu (oh petit « jeu » de mot… :D) lors d’une partie permet d’expliquer et de comparer à merveil. J’engage également les gens à diffuser au maximum ce billet qui, espérons-le, fera peut-être changer quelques esprit étroits.

    Félicitations !

    P.S. : quant à moi j’ai trouvé la lecture de l’article très agréable ;)

  7. Très bon article, il y a une réelle compréhension de l’auteur sur chaque point. Tout n’est pas abordé, mais la base est excellente, très bien expliquée !

  8. Bon, je vais faire lire ca a un ami gamers pour voir sa réaction.

    PS: sachant que ce site est censé étre « francophone » il devrait y avoir « commenter » plutot que « leave a reply » non?

    • Oui c’est parce qu’à la base, le thème du site est en anglais. Mais je vais tenter d’arranger ça dès que j’aurai un peu de temps.

  9. Un très bon article, une explication simple et compréhensible par (et surtout pour) les parents soucieux.

  10. Très bel article ! Pour ma part, j’ai beaucoup joué à différents type de jeux. Le plus connu, le MMO W** (je ne sais pas si je peux le citer) m aura fait perdre la mémoire à moyen/long terme et toute capacité à calculer de tête. Heureusement ce n est pas irréversible, mais un an de sevrage aura été nécessaire pour retrouver une usage normal de ma tête. L’excès est en cause, la fuite la raison.

  11. Super article, je ne partage pas les critiques de certains sur la qualité d’écriture, qui est plutôt bien meilleure que ce j’ai pu trouver en ligne sur des journaux pourtant réputés.

    Quelques remarques néanmoins :
    – Comme d’autres, je déplore que tu ne parles pas de la dimension sociale des jeux vidéos d’aujourd’hui. Personnellement, ce qui me fait m’accrocher à mon clavier pendant des heures, c’est de discuter avec d’autres passionnés comme moi et de construire quelque chose avec eux, que ce soit via micro (teamspeak, skype etc.) ou via un chat in-game.
    – Un parallèle sur le jeu en règle générale aurait été bienvenu aussi, même si plus difficile à caler dans le thème de l’article. Le jeu, c’est un mécanisme d’apprentissage utilisé depuis bien longtemps, et qui fonctionne très bien. Le jeu vidéo ne fait pas exception : il apprend à réagir vite et précisément (FPS, RTS), à trouver des méthodes efficaces pour résoudre des problèmes variés (RTS, simulation, point&click, aventure …), etc. C’est très bon pour développer son abstraction et sa compréhension de manière générale.
    – dernière chose, sur la forme : le dernier paragraphe arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Il donne un point final très négatif à l’article, ce qui me paraît un peu déplacé. Ici, il aurait été bon de parler de la dimension sociale des jeux vidéos, justement.

    Après, ce n’est que mon avis. ;)

    • Bonjour.

      Je comprends très bien cet avis, mais il faut expliquer une chose : cet article a pour but d’expliquer des comportements, pas de dire que le jeu vidéo est bien ou non, ou encore « pourquoi les joueurs jouent ». Parler de la dimension sociale est donc un peu hors sujet en fait.

      Mais pour un autre article, je pourrai effectivement en parler, c’est certain. L’angle sera alors différent.

      Merci de me lire en tout cas ;)

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